Archives de Catégorie: Nucléaire

Essai de synthèse sur les événements japonais

Un rapide billet pour synthétiser le flot d’informations qui nous provient en temps continu du Japon.
Premier point : le Japon est une archipel marqué par une forte activité tectonique et volcanique, comme le montre la carte suivante (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Tectonic_map_of_Japan-fr.png)

C’est dans une zone de subduction que le séisme est intervenu, vendredi dernier. La carte suivante localise l’épicentre du séisme, au large de la ville de Sendaï, et son ampleur physique (source : http://abonnes.lemonde.fr/international/infographie/2011/03/11/un-seisme-d-une-magnitude-de-8-9-frappe-la-ville-de-sendai-au-japon_1491875_3210.html#ens_id=1491461) :

Le petit montage vidéo suivant montre de façon dramatique l’avancée de la vague générée par le séisme. Les 4 premières minutes montrent le recouvrement de la plaine littoral et en particulier des terroirs agricoles avec leurs serres innombrables, caractéristiques de l’agriculture extrêmement intensive d’un pays de 127 millions d’habitants où les surfaces agricoles utiles sont peu nombreuses -14% du territoire… contre 53% en France, par exemple!- (ces terres recouvertes sont à présent salinisées et donc impropres à l’agriculture) ; la suite montre l’avancée de la vague propre au tsunami.

Pour évaluer l’impact physique des deux phénomènes (séisme et tsunami), il faut d’abord préciser que, si les médias focalisent nettement sur Tokyo, la zone touchée n’est pas la mégalopole japonaise, mais le nord-est de l’île d’Honshu (la mégalopole s’étend davantage vers le sud-ouest, vers les îles de Kyushu et Shikoku). La carte suivante (source : http://japgeo.free.fr/Sendai/SeismeTohoku2011.png) localise précisément la zone dévastée, où les sauveteurs s’activent actuellement dans des conditions de plus en plus difficiles (notamment à cause de la neige qui tombe abondamment et qui réduit considérablement la visibilité) :

Si la mégalopole a donc assez largement été épargnée (les normes anti-sismiques draconniennes établies après le séisme de Kobé en 1995 ont rempli leur rôle), cela ne signifie pas que l’impact humain et secondairement économique de la catastrophe soit limité : le bilan officiel fait actuellement état de 3771 morts, 8181 disparus et 1990 blessés (qu’aurait-il été dans un pays moins bien préparé que le Japon ?). Les destructions sont massives, comme le montrent ces pages du New York Times qui permettent de visualiser les lieux touchés avant et après le passage du tsunami et qui proposent une infographie très précise sur les pertes humaines et les destructions dans la zone. Elles impacteront durablement l’économie du pays. Dès lundi, la bourse de Tokyo s’effondrait et on estime d’ores et déjà que la catastrophe coûtera vraisemblablement 2 points de PIB au Japon (alors même que la reprise économique du pays, après une période récessive, est poussive : voir ici une vidéo sur le sujet).

Et puis, il y a les conséquences nucléaires ! dès samedi dernier, 1 des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima subissait une explosion qui lançait une alerte à la contamination nucléaire d’abord limitée puis dont la gravité a été constamment réévaluée :

Une infographie visible ici résume l’enchaînement des faits qui aboutissent à la situation actuelle (mercredi 16 mars, 17h) :

  • Réacteur 1 : L’enceinte de confinement du réacteur est  intègre. Il n’y a aucune fuite radioactive incontrôlée, mais des dépressurisations volontaires de l’enceinte de confinement sont réalisées. Chaque ouverture entraîne de nouveaux rejets de produits radioactifs dans l’environnement.
  • Réacteur 2 : L’enceinte de confinement est endommagée. Cela implique des rejets radioactifs non filtrés dans l’environnement.
  • Réacteur 3 : Le cœur du réacteur est partiellement endommagé. Le gouvernement japonais émet des doutes sur l’intégrité de l’enceinte de confinement à la suite d’un dégagement de vapeur actuellement visible.  L’origine de ce dégagement de vapeur reste à confirmer par le gouvernement japonais.
  • Réacteur 4 : la piscine est en ébullition. A défaut d’appoint d’eau, un début de dénoyage des combustibles interviendra sous quelques jours. L’assèchement de la piscine conduirait à terme à la fusion du combustible présent. Dans un tel cas, les rejets radioactifs correspondants seraient bien supérieurs aux rejets survenus jusqu’à présent.

Je vous renvoie à différentes pages permettant de comprendre comment fonctionne un réacteur nucléaire, le problème posé par les réacteurs de Fukushima, et quels sont les niveaux de dangerosité d’une exposition à des radiations nucléaires.

Pour le coup l’impact des conséquences nucléaires du séisme est bien mondial. D’abord parce que les rejets radioactifs peuvent être disséminés à très large échelle (les infos sont contradictoires à cet égard, certaines sont alarmistes, d’autres non) ; ensuite parce que la couverture médiatique diffuse l’information  en temps réel à l’échelle planétaire ; enfin parce que dans une période d’incertitude énergétique (augmentation du prix du pétrole, raréfaction éventuelle des ressources d’hydrocarbures), la catastrophe va reposer la question la dangerosité du nucléaire (et la question fait déjà débat en Europe)

Au final, ces événements sont d’autant plus douloureux qu’ils frappent un pays doublement symboliques, d’abord parce que l’identité même du Japon est marquée le souvenir du bombardement nucléaire d’Hiroshima, ensuite par le rapport historique que ce pays entretient avec le déchaînement des éléments naturels (le terme « tsunami » est d’ailleurs japonais). Plus que jamais l’une des oeuvres emblématiques de l’art japonais reste la grande vague de Kanagawa, d’Hokusaï !

Sébastien Legros

Bombe atomique, prolifération nucléaire…

Pour rebondir sur une question du cours de terminale sur la course à l’armement et principalement à l’armement nucléaire durant la guerre froide, voici une interview proposé par le site affaires-stratégiques.info sur le sujet :