Archives de Catégorie: Mondialisation

La Chine, les FTN et la DIT.

Les firmes multinationales ou FTN, pour l’essentiel occidentales, jouent un rôle important dans les conditions de travail dans les usines de production chinoises.

Ainsi, selon l’article de Wikipédia sur la Chine : « Aujourd’hui, 39% des exportations en provenance de Chine sont réalisées par des entreprises dont le capital est à 100% étranger et 20% sont le fait de partenariat entre les sociétés étrangères et les sociétés chinoises ».

L’activité des FTN prend plusieurs formes :

– Ces firmes peuvent choisir de déléguer à de plus petites entreprises une partie de leurs activités : c’est la sous-traitance. Elles imposent ainsi des normes à ces PME qui touchent aussi bien la qualité du produit, que des délais de livraison ou surtout le prix du bien sous-traité. Évidemment, la FTN n’a intérêt à sous-traiter que si elle peut acheter les marchandises à un prix inférieur au coût qu’elle devrait supporter si elle les produisait elle-même. Ce prix réduit signifie pour les entreprises sous-traitantes de devoir se contenter d’un revenu très faible qui se reflète essentiellement sur le coût horaire des travailleurs.

Elles peuvent aussi décider d’établir une filiale directement en Chine ou acquérir une entreprise locale.

Quelque soit le choix de la FTN , elle trouve des avantages fiscaux et sociaux importants en Chine qui expliquent son implantation. Elle pèse aussi sur les importations et les exportations de la Chine, qui est d’ailleurs devenue le premier exportateur mondial. Les FTN jouent donc un rôle politique et économique non-négligeable.

Ce rôle est défendu par certains au nom de l’intérêt économique. En effet, l’implantation d’une multinationale se traduit par l’entrée de capitaux dans le pays hôte (IDE), mais les multinationales transfèrent aussi des technologies et créent des emplois.

Cependant, dans le cadre de la Division Internationale du Travail, elles participent à la spécialisation de la Chine et donc à sa dépendance économique. De plus, elles entretiennent le maintien d’une main d’œuvre bon marché, et pour ce faire, elles n’hésitent pas à faire pression sur les décisions politiques intérieures qui vont dans ce sens.

Les conditions de travail sont déplorables dans les usines chinoises

Ainsi, si la Chine ne veut pas se voir concurrencée par d’autres pays ateliers et donc touchée à son tour par les délocalisations, elle doit maintenir des conditions sociales et économiques favorables aux multinationales étrangères. Ces conditions sont bien sûr terribles pour les travailleurs chinois : maintien des bas salaires, limitation du droit syndical, non respect de la législation sociale…

Sur cet extrait de l’excellent documentaire « China Blue », disponible sur Youtube, vous avez un bon aperçu des contraintes sociales imposées par les entreprises chinoises qui travaillent pour les multinationales occidentales :

Il y a donc une énorme hypocrisie de la part des multinationales qui assurent procéder à des contrôles sur leurs usines en Chine. Elles ont tout intérêt à ce que les conditions de travail restent déplorables afin de conserver la flexibilité, la compétitivité des usines chinoises…et donc préserver leurs bénéfices. Cet autre extrait de « China Blue » en est une démonstration flagrante :

Ces conditions de travail ne sont pas sans conséquence sur la santé des ouvriers. Ainsi, dans cet article de liberation.fr, on nous apprend que les conditions de travail dans les usine Apple sont « indignes » pour les hommes. En effet, « travail des enfants, cadences infernales, intoxications par des produits chimiques » et autres infractions à la législation sociale chinoise sont monnaies courantes.

La pression sur les ouvriers blessés ou intoxiqués est aussi énorme puisque tout est fait pour qu’ils ne portent pas plainte contre leur usine. Dans ce même article, le journaliste relève le témoignage d’un ouvrier, Jia Jingchuan, hospitalisé après avoir été intoxiqué. Voici ce qu’il déclare huit mois après être sorti de l’hôpital et toujours souffrant:

«Ils ont promis de me donner 140 000 yuans [15 600 euros, ndlr] de compensation à condition que je signe un accord dégageant l’entreprise de toute responsabilité si ma santé s’aggravait à l’avenir.»

Mais les choses changent en Chine.

Les ouvriers sont de moins en moins soumis. Pour certains, malheureusement, la réaction passe par le suicide. Dans cet autre article de liberation.fr, le journaliste relate une vague de suicide à l’usine Foxconn de Shenzen (près de Hong-Kong). Dans cette usine, on fabrique à la chaîne l’iPhone d’Apple, les téléphones portables Nokia, les consoles de jeu de Sony et les ordinateurs de Dell et Hewlett-Packard. Or, les conditions de travail sont telles que 10 ouvriers se sont suicidés dans l’usine en « plongeant du haut des dortoirs modernes où ils vivent entassés à dix par chambré. » Il faut savoir que le phénomène a pris une telle ampleur que dans plusieurs usines des filets ont été installés pour empêcher les ouvriers de se jeter dans le vide dans les usines !!!

Heureusement, d’autres formes de contestation se développent aujourd’hui en Chine et notamment les grèves et manifestations qui prennent, elles aussi, de plus en plus d’ampleur. Certes, ces mouvements sont souvent réprimés mais ils sont de plus en plus nombreux et les autorités chinoises, notamment aux niveaux régional et national, sont de plus en plus favorables à une augmentation des salaires pour assurer un développement économique général. Dans ce troisième extrait de « China Blue », on peut constater que les ouvriers de cette usine de fabrication de jeans essaient de ne pas se laisser faire quant au non-paiement de leurs salaires :

Les solutions envisageables

Dans un entretien accordé au semestriel 6 mois, Jean Ruffier, chercheur au CNRS en sociologie et économie, explique que  » En fait, le prix de fabrication en Chine d’un jean de bonne qualité ne dépasse généralement pas 5% de ce que paie l’acheteur (…). Ce sont le marketing et la publicité qui constituent l’essentiel des dépenses engagées par les marques occidentales (…). Cela signifie qu’on pourrait augmenter sensiblement le prix de fabrication du jean, et le porter à un niveau qui permettrait de la produire chez nous. » En bref, les délocalisations ne sont pas toutes justifiées.

Aux chinois de conquérir les marchés de proximité maintenant qu’ils ont profité des transferts de technologie occidentaux.

Enfin, des économistes estiment qu’il faut taxer les produits fabriqués dans des conditions sociales et environnementales inacceptables. Cela pourrait avoir comme effet de « forcer » les entreprises chinoises à adopter des règles de comportement conformes aux normes européennes ou américaines. Les multinationales occidentales ne pourraient donc plus se dispenser d’une réflexion sur leur impact économique et sociale dans le monde.

Bertrand Gault

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Mondialisation et mafia

En complément d’un passage récent du cours sur la mondialisation consacré aux mafias et à la mondialisation des trafics illicites, je vous renvoie sur un article qui vient de paraître sur le site presseurope.ue au sujet du trafic d’êtres humains dans le contexte de la crise économique. Vous pourrez compléter la lecture de cet article avec la synthèse (rapide) du rapport annuel Traite et trafic des êtres humains 2010 édité par le Centre pour l’Egalité des Chances et Contre le Racisme et qui montre bien le danger que représentent les « abus de la libre circulation des travailleurs au sein de l’EU » et les immenses inégalités dans le traitement des salariés de part le monde.

Deux vidéos du site affaires-stratégiques.info complète le propos, sur le trafic d’armes…

… et sur le poids des mafias en Italie (et, par extension, du fait de la facilité grandissante de la circulation en Europe) dans l’est de l’Espagne et le sud de la France :

J’attire enfin votre attention sur l’importance grandissante des cartels de la drogue au Mexique, qui étendent leurs réseaux vers l’Amérique du Sud (Colombie..) et bien sûr (et surtout) vers l’Amérique du Nord (EU). Une simple recherche sur Google actualités avec les termes « mexique » et « cartels » (le 19 octobre 2011) donne une idée de l’ampleur des opérations qui sont menées depuis quelques semaines dans le nord du pays…

Sébastien Legros

Essai de synthèse sur les événements japonais

Un rapide billet pour synthétiser le flot d’informations qui nous provient en temps continu du Japon.
Premier point : le Japon est une archipel marqué par une forte activité tectonique et volcanique, comme le montre la carte suivante (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Tectonic_map_of_Japan-fr.png)

C’est dans une zone de subduction que le séisme est intervenu, vendredi dernier. La carte suivante localise l’épicentre du séisme, au large de la ville de Sendaï, et son ampleur physique (source : http://abonnes.lemonde.fr/international/infographie/2011/03/11/un-seisme-d-une-magnitude-de-8-9-frappe-la-ville-de-sendai-au-japon_1491875_3210.html#ens_id=1491461) :

Le petit montage vidéo suivant montre de façon dramatique l’avancée de la vague générée par le séisme. Les 4 premières minutes montrent le recouvrement de la plaine littoral et en particulier des terroirs agricoles avec leurs serres innombrables, caractéristiques de l’agriculture extrêmement intensive d’un pays de 127 millions d’habitants où les surfaces agricoles utiles sont peu nombreuses -14% du territoire… contre 53% en France, par exemple!- (ces terres recouvertes sont à présent salinisées et donc impropres à l’agriculture) ; la suite montre l’avancée de la vague propre au tsunami.

Pour évaluer l’impact physique des deux phénomènes (séisme et tsunami), il faut d’abord préciser que, si les médias focalisent nettement sur Tokyo, la zone touchée n’est pas la mégalopole japonaise, mais le nord-est de l’île d’Honshu (la mégalopole s’étend davantage vers le sud-ouest, vers les îles de Kyushu et Shikoku). La carte suivante (source : http://japgeo.free.fr/Sendai/SeismeTohoku2011.png) localise précisément la zone dévastée, où les sauveteurs s’activent actuellement dans des conditions de plus en plus difficiles (notamment à cause de la neige qui tombe abondamment et qui réduit considérablement la visibilité) :

Si la mégalopole a donc assez largement été épargnée (les normes anti-sismiques draconniennes établies après le séisme de Kobé en 1995 ont rempli leur rôle), cela ne signifie pas que l’impact humain et secondairement économique de la catastrophe soit limité : le bilan officiel fait actuellement état de 3771 morts, 8181 disparus et 1990 blessés (qu’aurait-il été dans un pays moins bien préparé que le Japon ?). Les destructions sont massives, comme le montrent ces pages du New York Times qui permettent de visualiser les lieux touchés avant et après le passage du tsunami et qui proposent une infographie très précise sur les pertes humaines et les destructions dans la zone. Elles impacteront durablement l’économie du pays. Dès lundi, la bourse de Tokyo s’effondrait et on estime d’ores et déjà que la catastrophe coûtera vraisemblablement 2 points de PIB au Japon (alors même que la reprise économique du pays, après une période récessive, est poussive : voir ici une vidéo sur le sujet).

Et puis, il y a les conséquences nucléaires ! dès samedi dernier, 1 des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima subissait une explosion qui lançait une alerte à la contamination nucléaire d’abord limitée puis dont la gravité a été constamment réévaluée :

Une infographie visible ici résume l’enchaînement des faits qui aboutissent à la situation actuelle (mercredi 16 mars, 17h) :

  • Réacteur 1 : L’enceinte de confinement du réacteur est  intègre. Il n’y a aucune fuite radioactive incontrôlée, mais des dépressurisations volontaires de l’enceinte de confinement sont réalisées. Chaque ouverture entraîne de nouveaux rejets de produits radioactifs dans l’environnement.
  • Réacteur 2 : L’enceinte de confinement est endommagée. Cela implique des rejets radioactifs non filtrés dans l’environnement.
  • Réacteur 3 : Le cœur du réacteur est partiellement endommagé. Le gouvernement japonais émet des doutes sur l’intégrité de l’enceinte de confinement à la suite d’un dégagement de vapeur actuellement visible.  L’origine de ce dégagement de vapeur reste à confirmer par le gouvernement japonais.
  • Réacteur 4 : la piscine est en ébullition. A défaut d’appoint d’eau, un début de dénoyage des combustibles interviendra sous quelques jours. L’assèchement de la piscine conduirait à terme à la fusion du combustible présent. Dans un tel cas, les rejets radioactifs correspondants seraient bien supérieurs aux rejets survenus jusqu’à présent.

Je vous renvoie à différentes pages permettant de comprendre comment fonctionne un réacteur nucléaire, le problème posé par les réacteurs de Fukushima, et quels sont les niveaux de dangerosité d’une exposition à des radiations nucléaires.

Pour le coup l’impact des conséquences nucléaires du séisme est bien mondial. D’abord parce que les rejets radioactifs peuvent être disséminés à très large échelle (les infos sont contradictoires à cet égard, certaines sont alarmistes, d’autres non) ; ensuite parce que la couverture médiatique diffuse l’information  en temps réel à l’échelle planétaire ; enfin parce que dans une période d’incertitude énergétique (augmentation du prix du pétrole, raréfaction éventuelle des ressources d’hydrocarbures), la catastrophe va reposer la question la dangerosité du nucléaire (et la question fait déjà débat en Europe)

Au final, ces événements sont d’autant plus douloureux qu’ils frappent un pays doublement symboliques, d’abord parce que l’identité même du Japon est marquée le souvenir du bombardement nucléaire d’Hiroshima, ensuite par le rapport historique que ce pays entretient avec le déchaînement des éléments naturels (le terme « tsunami » est d’ailleurs japonais). Plus que jamais l’une des oeuvres emblématiques de l’art japonais reste la grande vague de Kanagawa, d’Hokusaï !

Sébastien Legros

Sur l’agriculture américaine : Monsanto, la recherche agronomique et la puissance d’une des principales FTN américaines

Pour rebondir sur les cours du moment sur la puissance américaine, en particulier dans le secteur agricole, voici un petit dossier sur la firme Monsanto, évoquée au sujet du cluster Cargill-Monsanto, qui pèse à lui seul, je le rappelle, près de 15% du PIB américain ! Monsanto est célèbre chez nous, dans le grand public, pour son désherbant (annoncé comme « biodégradable« ) Roundup. Voici la vidéo de la publicité évoquée en cours, avec Rex le chien, son os et son roundup…

Pour contextualiser cette pub, je vous renvoie au site de Monsanto, qui montre bien le double positionnement de la firme dans l’agriculture « durable » (tout ce vert sur la page d’accueil !) et surtout dans « l’innovation » et la « technologie » agronomique : voyez cet article de Libération, qui souligne la bonne santé du groupe et l’ampleur de ses investissements dans le R/D, à hauteur de 10% du chiffre d’affaires total du groupe (ce qui n’est pas fondamentalement original comte-tenu de l’ampleur des investissements américains dans la recherche : grosso modo les EU réalisent le tiers des dépenses mondiales en R/D)

Monsanto est, historiquement, une firme spécialisée dans la chimie, réorientée dans les biotechnologies et la génétique. Comme évoqué en cours, la stratégie du groupe est monopolistique : un article de la revue Courrier International montre ainsi comment Monsanto s’impose lentement comme un fournisseur exclusif en semences (génétiquement modifiées), aux dépens des semenciers indépendants (qui disparaissent progressivement). La stratégie est aussi clairement mondialisée : Monsanto est une FTN présente dans 82 pays.

Cette firme a sa part d’ombre : une enquête (controversée) de la journaliste Marie-Monique Robin, en 2008, a fait scandale, pointant du doigt à la fois l’influence de Monsanto sur les décisions publiques américaines et surtout l’impact sanitaire déplorable de ses activités, tant sur les populations qui vivent près de ses entreprises (et des rejets chimiques qu’elles induisent) que sur l’environnement. Je vous renvoie au site d’Arte, qui a diffusé le film tiré de cette enquête : Le monde selon Monsanto. Vous pouvez en visionner la bande annonce ci-dessous :

Sébastien Legros

Sur le soft power américain

La notion de soft power, évoquée récemment en cours, a été récemment étudiée par un sociologue français, Frédéric Martel, dans son dernier ouvrage Mainstream, une enquête sur la culture qui plait à tout le monde. Le titre, Mainstream, « courant dominant » en français, fait référence à un concept anglo-saxon (on trouve une page sur le sujet dans le wikipedia anglais, ici, mais pas dans le français) qui signifie en quelque sorte le courant de pensée dominant. L’auteur explique dans son étude en quoi la culture constitue un élément décisif de l’influence douce des Américains. Il l’explique très bien dans la vidéo ci-dessous (son interview récente sur France Inter), que vous pouvez compléter par un article rapide et efficace dans Le Figaro.

Sébastien Legros

Mondialisation et piraterie

En complément du cours sur la mondialisation, qui a souligné combien le développement des flux maritimes a conduit à une recrudescence des activités de piraterie dans diverses parties sur monde (voir la carte ci-dessous), vous pouvez visionner la vidéo suivante, publiée aujourd’hui par le site de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) :

Et voici une carte déjà publiée sur ce blog, qui localise les zones de pirateries le long des grandes voies maritimes de la mondialisation :

 

 

 

 

 

 

 

Sébastien Legros