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Tunisie et Égypte, deux révoltes populaires réussies et prometteuses

Tout est parti de Tunisie, même si l’Égypte connaissait des protestations sociales depuis déjà plusieurs mois. La chronologie est malgré tout surprenante car tout s’est passé très rapidement. Regardez ce cours reportage d’Arte qui explique comment les deux processus se sont déroulés.

Il est particulièrement intéressant d’essayer de comprendre pourquoi ces deux pays ont connu ces révoltes et aussi pourquoi les pays occidentaux n’ont rien vu venir.

Les dictatures de Ben Ali et de Moubarak ont toujours été violentes (tortures, disparitions des opposants), liberticides (censures, refus du pluralisme politique) et basées sur la terreur (il y a en Tunisie près de 100 000 « policiers » pour 10 millions d’habitants, alors que la France en compte 140 000 pour 60 millions d’habitants -et c’est le pays de l’UE qui a le plus de policiers par rapport à sa population !!). Malgré ceci, ces deux dictateurs ont toujours reçu un soutien sans faille de l’Occident qui préfère une « bonne dictature » maintenant la population muselée et sous contrôle qu’une démocratie imprévisible ou supposée telle.

Les dirigeants occidentaux préfèrent surtout des « dictateurs amis » qui placent leur argent dans les banques occidentales, achètent des propriétés dans leur pays et les invitent à passer des vacances au soleil (la fortune de Moubarak est estimée à 70 milliards de dollars, il a acheté des propriétés à Londres, Las Vegas, Genève…) plutôt que des régimes indépendants de leur influence.

Regardez ce deuxième reportage d’Arte qui explique rapidement pourquoi les occidentaux ont soutenu ces deux dictateurs.

De plus, la vision simpliste que les médias occidentaux, notamment français, donnent des sociétés tunisienne et égyptienne est assez révélatrice de l’ignorance et du manque d’ouverture vis-à-vis de nos voisins dont fait preuve notre société.

À ce titre, l’exemple de la Tunisie est intéressant, pour nous Français. En effet, la société tunisienne est l’une des plus moderne des pays arabes, le statut de la femme est le plus avancé (droit au divorce, relative liberté sociale), le niveau d’éducation est élevé (le système scolaire tunisien est efficace) et l’accès aux nouvelles technologies, à commencer par la possibilité de regarder la chaîne Al Jazeera par satellite, est plutôt facile.

Or, il n’y avait dans cette société aucune liberté politique. Les libertés d’expression et d’opinion étaient complètement absentes : pas de presse d’opposition, pas de pluralisme politique, une répression systématique de toute tentative d’opposition au régime. Et pourtant, les tunisiens ont eu le courage de contester le régime, car une société moderne ne peut fonctionner sur le long terme sans liberté. Ils comprenaient leur situation et ont su y faire face. Nous, non. Manifestement, nous n’avons pas compris à quel point leur situation était intenable.

En outre, une société éduquée, libre, sachant contester l’ordre établi peut-elle basculer vers un intégrisme religieux violent ?

On nous agite le « chiffon rouge » de l’islamisme. Mais n’est-il pas préférable que ces peuples vivent en démocratie et choisissent librement leurs représentants plutôt que de maintenir au pouvoir des tyrans contre toutes nos valeurs ? Quelle légitimité pour nos discours sur la liberté et les droits de l’Homme si, au nom de notre sécurité, nous sommes prêts à accepter l’ignominie à nos portes ? Sur quelles bases nous appuyons-nous pour agiter une telle menace ?

Tous ces commentateurs, qui ont passé leur vacances avec des amis bien placés dans ces sociétés corrompues et répressives ont-ils une analyse pertinente de la situation ? Que savent nos gouvernants et nos élites sur ces peuples, eux qui passaient leur temps à justifier l’existence de tels régimes ?

Appuyez-vous sur les vrais spécialistes du monde arabe qui nous expliquent la complexité des sociétés actuelles dans ces pays (cf http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/12/revolution-post-islamiste_1478858_3232.html#ens_id=1470465).

Ils nous démontrent, en effet, que la vision « dictateur ou islamistes » est très réductrice, et surtout dépassée.

J’y vois, pour ma part, encore une preuve de la frilosité et du repli sur soi que la France exprime de plus en plus face à ce monde complexe dans lequel nous ne jouons plus un rôle majeur. Quelque soient les résultats des ces deux révolutions, l’attitude des occidentaux est pleine d’enseignements quant à notre difficulté à comprendre les enjeux futurs dans un monde que l’on ne dominera plus…

Bertrand Gault

Du racisme ordinaire en France…

Il y a en France comme un parfum entêtant de racisme ordinaire qui se diffuse tranquillement dans nos médias nationaux. Ce racisme, qui semble ancré chez une partie de nos élites, trouve des intermédiaires non seulement dans le monde économique, mais aussi dans le monde intellectuel.

Ainsi, 2 exemples récents nous incitent à la vigilance mais nous posent aussi des questions sur notre relation à l’autre dans un monde globalisé.

Le premier exemple représente un racisme « de vieux », c’est la sortie de Jean-Paul Guerlain (fondateur du groupe de parfumerie), le 15 octobre 2010, pendant le journal télévisé de 13h sur France 2. Il avait alors déclaré, pour répondre à une question de la journaliste Élise Lucet : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » . Ces propos sur « les Noirs fainéants », grand classique du racisme colonial de nos grands-parents -et accessoirement toujours bien répandu en France- sont certes stupides, mais le plus inquiétant au XXIème siècle c’est l’absence de réaction, immédiate ou non, que ces propos ont provoqué (ou plutôt n’ont pas provoqué !). Il est intéressant de constater à quel point notre passé colonial n’est toujours pas digéré, ni assumé !

Toutefois, il faut écouter l’éditorial du lundi 18 octobre 2010, sur France Inter, d’Audrey Pulvar, qui avec beaucoup de maîtrise et de détermination, répond efficacement, non seulement à l’auteur de ces propos, mais aussi à tous ceux qui se sont tus (y compris Élise Lucet, incapable de réagir sur le moment).

Le deuxième exemple est celui des différentes prises de position d’Éric Zemmour dans les très, très, très nombreuses émissions ou publications auxquelles il participe. Digne représentant des idées réactionnaires en France -il est invité pour cela d’ailleurs-, il passe son temps à fustiger, entre autre, les délinquants d’origine étrangère (ou en tout cas aux noms à consonance étrangère, la situation étant complexe entre « étranger » et « immigré » car ni le nom, ni la tête ne fait de vous un bon Français !).

Cette forme de racisme, plus récent, attribue les problèmes de délinquance à une appartenance ethnique ou culturelle pour éviter de se poser la question sociale pourtant fondamentale qui accompagne cette délinquance.

Outre les informations que l’on peut tirer de ce cas sur la déplorable situation de la presse traditionnelle française (Zemmour intervient dans Le Figaro, sur RTL, sur I-télé et sur France 2), il donne surtout une vision étriquée, rétrograde, repliée sur elle-même de la société française.

Pour bien comprendre l’ineptie de tels propos, il faut lire cet article sur Rue89.com, écrit par un professeur d’université. Il est particulièrement simple, concret et, lui-aussi, efficace : pourquoi-jai-temoigne-au-proces-deric-zemmour-186590

Il faut espérer que ces idées du passé, pleines de peur et de rejet ne dominent pas dans notre société à une heure où l’ouverture, la curiosité et surtout la capacité d’adaptation sont plus que nécessaires pour relever le défi d’un monde en pleine mutation.

Bertrand Gault