Archives d’Auteur: Nadia Benferhat

La communauté internationale et la Libye : des liaisons dangereuses.

Au pouvoir en Libye depuis son coup d’Etat de 1969, qui a conduit au renversement de la monarchie en place et la création de la « République arabe libyenne », devenue en 1977 « Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste » – c’est d’ailleurs sous le nom de Jamahiriya arabe libyenne que le pays est enregistré à l’ONU- Mouammar Kadhafi entretient depuis plus de 40 ans des relations très particulières avec la communauté internationale.

Dans les années 1970, la Libye ouvre la voie aux chocs pétroliers de 1973 et 1979

En septembre 1970, Kadhafi, jeune (autoproclamé) colonel révolutionnaire, à la tête de la Libye depuis quelques mois, impose pour la première fois, unilatéralement, une augmentation du prix du pétrole, à une époque où les majors (grandes compagnies pétrolières occidentales) dominent ce marché de manière absolue. C’est un premier coup de tonnerre médiatique.


La suite est connue : en 1973, les pays de l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole) décident de multiplier par 4 le prix du baril, plongeant les pays développés dans une situation de crise, encore accentuée par le choc pétrolier de 1979.

Les années 1980 sont marquées par une intense activité terroriste libyenne.

Le pouvoir libyen est clairement accusé d’être impliqué dans des attentats terroristes, celui de Lockerbie en 1988 restant le plus symptomatique : l’explosion en vol, au-dessus de l’Ecosse, d’un avion réalisant la liaison Londres- New York fait plus de 250 morts

http://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_de_Lockerbie

Dans les années 1990, Kadhafi, chef d’un « Etat-voyou »

C’est ainsi que l’administration étasunienne considère, à partir de Ronald Reagan (1980-84 et 1984-88), les pays ne respectant pas les lois internationales et soupçonnés de commanditer des attentats.

Suite à l’attentat de Lockerbie, la communauté internationale somme Kadhafi de coopérer avec la justice britannique et étasunienne, en extradant des Libyens suspectés d’être les auteurs de l’attentat. Le refus du dictateur conduit à un embargo contre la Libye voté en 1992 au Conseil de sécurité de l’ONU, ainsi qu’un gel des ressources libyennes à l’étranger à partir de 1993.

Dans les années 2000, Kadhafi travaille son image internationale « respectable ».

Les agents secrets libyens suspectés de l’attentat de Lockerbie sont livrés à la justice écossaise en 1999 ; en 2003 la Libye reconnaît officiellement sa responsabilité dans cet attentat et indemnise les familles des victimes ; Kadhafi annonce enfin en décembre 2005 qu’il renonce à son programme d’armes de destructions massive.

Les sanctions de l’ONU à l’encontre du pays sont toutes progressivement suspendues.

Mieux encore, en 2003, la Libye obtient la présidence de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, ce qui n’est pas sans susciter l’indignation de nombreux pays membres, des défenseurs des droits de l’homme dans le monde entier, et porter le discrédit sur une instance onusienne souvent accusée de faiblesse face aux dictatures.

http://www.liberation.fr/monde/0101437771-la-libye-fait-main-basse-sur-les-droits-de-l-homme-a-l-onu

Le dictateur libyen peut alors entreprendre une intense campagne de réhabilitation auprès des démocraties occidentales : redevenu « fréquentable » et détenteur du précieux or noir, Kadhafi est reçu par de nombreux dirigeants européens, non sans débats au sein des sociétés démocratiques. Ainsi sa venue en France en 2007 est polémique :

http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-economique/video/3507923001008/polemique-autour-de-la-visite-officiel-du-colonel-kadhafi.fr.html

En 2011, une « amitié » difficile à assumer…

http://owni.fr/2011/02/22/photo-de-kadhafi-a-paris-lelysee-a-menti/

C’est en France que la polémique resurgit en 2011, alors que le dictateur libyen, en place depuis désormais 42 ans, doit faire face à la révolte d’une partie du peuple, réclamant démocratie, Droits de l’homme et bien sûr départ du dictateur. Celui-ci, contrairement à Ben Ali en Tunisie ou Moubarak en Egypte se cramponne à son pouvoir, légitimé par un discours plus que confus et surtout appuyé par le recours à l’armée qui lui reste fidèle et des mercenaires africains.

Le 18 mars 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution contre la Libye de Kadhafi

http://www.un.org/News/fr-press/docs/2011/CS10200.doc.htm

Par 10 voix sur 15 (abstention de la Chine et la Russie, qui n’ont pas utilisé le droit de véto que leur octroie leur statut de membre permanent, ainsi que de l’Allemagne, Inde et Brésil), la résolution permet la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye et autorise « toutes les mesures » contre les autorités libyennes de Kadhafi si elles attaquent les opposants au régime.

Pour aller plus loin :

Libération propose une rétrospective de 40 ans de relations franco-libyennes :

http://www.liberation.fr/monde/06013262-kadhafi-et-la-france-40-ans-d-amour-ou-pas

Nadia Benferhat


Publicités